Xavier Nexell : nous ne sommes pas encore prêts pour qu’on parle d’une véritable photographie Camerounaise, il y a une poignée qui a compris le truc mais la majorité est à la ramasse

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Xavier Nexell
Servez-vous

Bonjour Xavier Nexell, on peut se tutoyer j’espère. Tu es parmi les meilleurs photographes de Douala, du Cameroun même selon nous, mais malgré cela il y’a des gens qui ne te connaissent pas, comment te présente-tu ?

Merci pour l’estime et la considération, ça donne vraiment sens à mes 7 ans de labeur. Xavier Nexell, je me présente comme un photographe passionné avant tout, photographe portraitiste professionnel et depuis quelques temps formateur en photographie. Pour ne rester que dans le cadre professionnel.

Comment te retrouves-tu dans la photographie ?

Comme par hasard mais quand on regarde de près, tout semble avoir été préparé pour. Depuis ma tendre enfance, j’ai toujours été un dessinateur et ma passion était la création de bandes dessinées. Plus tard, après mon BEPC j’ai fait le choix d’aller dans une école de formation en Art plastique, l’IFA de MBALMAYO. Je sors de là avec un BACC AF2 (Peinture artistique), et principalement avec deux aptitudes qui je pense font toujours ma force aujourd’hui : Une éducation visuelle solide et les notions de gestion de projets artistiques. Après le BACC, je me suis orienté vers un domaine qui avait les même fondements mais était mieux prisé chez nous que la peinture : L’infographie. De là je me suis lié d’amour avec le logiciel Photoshop qui ne donnait aucune limite à mon esprit de recherche. Sur mon chemin j’ai été tenté par le web, c’était une extension de l’infographie qui grâce à l’interactivité donnait une intelligence aux visuels, je me suis formé dessus et c’est en concevant le premier blog d’une cliente Leila Elisabeth que nous sommes tombés sur un problème d’image. En voulant résoudre ce problème par moi-même faute de budget, j’ai voulu faire les choses en grand, alors j’ai lu un petit bouquin intitulé RAW qui m’a ouvert la porte de ce vaste monde de la photographie qui m’était jusque-là inconnu… Tellement vaste que 7 ans plus tard je suis encore dedans et j’ai encore tant à découvrir.

Tu es propriétaire des Studios Pi, peux-tu nous dire quelle est la différence entre la photographie en studio et la photographie en plein air ? Quels sont les aspects techniques qui les différentient ?

Si on s’en tient juste à l’aspect technique, notons d’abord que le sens premier de photographie c’est « écriture avec la lumière ». Tout en fait dans la photographie repose sur ce grand manitou : La lumière. Alors que nous soyons en intérieur (studio) ou en extérieur, la différence repose sur les conditions dans lesquelles nous pouvons la manipuler. En studio nous avons le total control, nous construisons notre éclairage de A à Z or en extérieur, nous devons dealer avec la lumière existante et fouiller dans notre savoir-faire comment obtenir le résultat escompté avec ce que la nature nous propose par défaut.

De nos jours, il y’a de plus en plus de gens qui font des photos nus ou presque nus avec des dessins sur leur corps, nous-même avons déjà vu plusieurs photos nudes prises par toi, selon toi qu’est-ce qui explique la recrudescence de ce phénomène de nude photographique professionnel ?

Le fameux sujet à polémique. C’est une corde sensible pour mentalité qui siège dans notre société, donc du coup je vais répondre en tenant compte de mon approche et mon opinion.

Le corps humain est beau. Sans doute l’une des plus parfaites créations que ce monde porte. Pourquoi ne pas le magnifier ?

Le nu est un sujet artistique à part entière tout comme la mode et la photographie une discipline qui justement n’appartient ni à la mode ni à aucun autre sujet. Il y a une vaste confusion à ce niveau, qui va assimiler le nu à l’érotique ou au pornographique, tous ces sujets ont des codes qui leur sont propres et les différentient. Personnellement, j’ai appris à les connaitre, je ne sais pas ce qu’il en est des autres. C’est une grosse éducation de base manquante sur le sujet qui en fait un scandale, je pense, mais ce qu’il faut noter est que si plusieurs photographes en font, c’est surtout parce que beaucoup en demandent non pas par perversité absolument mais juste parce que c’est beau et cela ne se discute pas. Maintenant le choc que cela représente vient de plus loin qu’on ne pense.

L’un des arguments phares que je reçois est que cela n’est pas dans les mœurs africaines, que cela est une dépravation de ces dernières et je me demande souvent si ceux qui me le disent maitrisent vraiment l’histoire de leur peuple, ont-ils vu la statuaire qui symbolise leur culture ? Ces œuvres que leurs ancêtres concevaient ? Pour peu que vous fouillez un peu, vous découvrirez que le nu est même le sujet artistique principal phare des africains. La pudeur telle qu’on la conçoit aujourd’hui nous a été inculquée par d’autres. Autre fois un corps nu ne déclenchait pas la libido d’un africain. Juste pour exemple, le kabangondo que nous considérons comme le vêtement Sawa nait d’une étoffe de drapé qu’une femme de missionnaire avait conçu à la hâte pour recouvrir le corps des femmes noires afin que leur nudité (bien sculptée il faut le reconnaitre) n’attise pas la libido de leurs hommes.

Enfin, Bref, je dirai que le nu se repends parce qu’il est beau tout simplement. Ceux qui s’en plaignent devraient juste comprendre que c’est de l’art, un terrain sans limite. Le débat à ce sujet est très long mais je dirai juste pour terminer que si un homme se plaint orageusement de la nudité de votre fillette de moins de 5 ans, méfiez-vous de lui car le problème n’est pas la fillette.

Penses-tu que le niveau général des photographes camerounais soit aussi bon pour qu’on puisse dire que le Cameroun regorge les photographes les plus talentueux d’Afrique ?

Bon si on va déjà sur cet état d’esprit, c’est qu’on est à côté de la plaque. La photographie est un art, pas une compétition internationale. Un artiste est en perpétuelle recherche de sa singularité pas dans une course de fond où il faut écraser tout sur son passage. Nooon, le challenge n’est pas à ce niveau mais plutôt de savoir ce que la photographie camerounaise propose au monde ou à l’Afrique. Peut-on parler d’une photographie camerounaise ? Là est la question et je dirai justement qu’à ce niveau nous ne sommes pas encore prêts hélas, il y a une poigné qui a compris le truc mais la majorité est à la ramasse je trouve. Beaucoup se sont plongés dans le stéréotype que le Nigeria nous a proposé sur Instagram et du coup personnellement j’ai du mal à identifier mes confrères par leurs œuvres à moins qu’elles ne soient signées. Mais comme je le chante toujours dans mes formations, un vrai artiste est celui qui n’a pas besoin de signer pour être reconnu, je parle de singularité justement, une valeur impossible à atteindre quand on se lance dans une course de fond.

Comment gères-tu ton travail pendant cette période de pandémie ?

Le confinement m’a permis de faire une pause et réfléchir sur ma direction artistique, ma mission et ma clientèle. A la base ma mission a toujours été d’apporter la haute photographie dans les mains du grand public. Pour en vivre, contrainte exige, j’étais obligé de commercialiser ce service et en faire un business. Mais le prix demeure un frein pour certains, du coup j’ai réfléchi à une solution plus adaptée : Et si je leur donnais la connaissance, elle s’achète une fois et s’exploite à demeure. J’ai réalisé que beaucoup vendraient père et mère pour faire des photos qu’en fait, juste avec un peu de connaissance en la matière, leur petit téléphone qu’ils sous-estime, exécuterait à la perfection.

Alors pendant cette crise je vends beaucoup plus le savoir filmer que les photos en elles-mêmes grâce à un programme 100% en ligne et finement bâti pour faire intégrer les notions de haute photographie même à ma grand-mère (mon premier Cobail).

Comment faire pour te booker ? Que ce soit pour ton studio, une formation ou pour que tu couvres un événement ?

Simplement en me contactant par WhatsApp au (+237) 656000437. Je ne suis pas très réactif dans les autres plateformes à cause de leur caractère très absorbant. Entre nous je préfère être absorbé par mon bon vieux Photoshop.

Un conseil aux jeunes qui comme toi veulent devenir photographe professionnel

Il y a tant à offrir que beaucoup n’ont pas compris, avant de vous lancer il y a un type de photographie que vous aviez toujours rêvé faire, c’est elle que vous avez à faire, ne vous en détournez jamais mais développez cette vision comme le monde n’a jamais vu. C’est la flèche votre vecteur directeur. Maintenant, professionnellement, définissez très bien votre cible, ceux qui sont susceptibles de consommer ce que vous créez et apprenez à communiquer avec eux, nous sommes à l’heure de la mondialisation et donc limiter votre territoire au Cameroun ou à votre pays où que vous soyez est une erreur fatale, ne sous-estimez jamais le ciel en vous disant que certaines opportunités ne pourraient jamais vous arriver, travaillez toujours à être prêts avant qu’elles n’arrivent.

Si Osbon Macharia du Kenya a réalisé les photos de campagne d’Oprah ce n’est pas parce que les photographes sont finis aux Etats-Unis ou alors parce qu’il était moins chers, non, sa singularité a séduit Oprah et travailler avec lui a été un accomplissement pour elle.

Bossez sur votre singularité et communiquez aux bonnes personnes, si vous ne savez pas comment le faire, formez-vous et n’oubliez jamais que la photographie n’est pas un terrain de compétition, vous ne ferez jamais du Nexell plus que Nexell, le Nexell et le Ngaan ne touchent pas le même public donc ce n’est pas comparable.

Un dernier mot à nos internautes

Si vous avez lu jusqu’ici ça veut dire que vous aimez vous cultiver et apprendre.

Pour encourager un domaine à son développement, il faut en savoir plus pour en demander plus. Si vos bases sont très grandes, les experts en la matière se trouveront contraints d’aller plus loin pour vous satisfaire.

Ma formation en photographie faites avec le téléphone vise cet objectif. En adhérant au mouvement vous contribuerez de façon indirecte au développement de la culture photographique du pays, sans compter votre développement personnel.

Parce que pour ma part l’art dans notre pays a d’abord besoin d’être compris pour avancer. Merci.

KAMER ARTDICTION | l’Art, plus qu’une Passion, une Addiction

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